CHAPITRE 3: Le pèlerinage



UN PÈLERIN EST UN VAGABOND QUI A UN BUT. On peut aller en pèlerinage à un endroit précis. C'est le type le plus connu. Mais on peut aussi faire un pèlerinage pour obtenir quelque chose. Le mien est pour la paix. C'est pourquoi je suis un Pèlerin de la paix [ « Peace Pilgrim »].

Mon pèlerinage couvre tous les aspects de la paix: paix entre les nations, paix entre les groupes, paix dans notre environnement, paix entre les individus et la très, très importante paix intérieure, de laquelle je parle le plus souvent parce que c'est là où la paix commence.

La situation dans le monde qui nous entoure est simplement le reflet de la situation collective. En dernière analyse, nous ne vivrons dans un monde plus pacifique que lorsque nous deviendrons nous-mêmes plus pacifiques.

Au Moyen Âge, les pèlerins allaient dans le monde comme les disciples étaient envoyés: sans argent, sans nourriture, sans vêtements adéquats. Je pratique cette tradition. Je n'ai aucun argent. Je n'accepte pas d'argent dans mon pèlerinage. Je ne suis rattachée à aucune organisation et il n’y a pas d’organisation qui me supporte. Je possède seulement ce que je porte sur moi. Il n'y a rien qui m'attache. Je suis aussi libre qu'un oiseau planant dans le ciel.

Je marche jusqu'à ce qu’on me donne un abri. Je jeûne jusqu'à ce qu'on me donne à manger. Je ne le demande pas. On me le donne sans que je le demande. Comme les gens sont bons! Il y a une étincelle de bonté en chacun, même si elle est enfouie profondément. Elle attend de diriger votre vie glorieusement. Je l'appelle la nature centrée sur Dieu ou la nature divine. Jésus l'a appelée le Royaume de Dieu à l'intérieur de nous.

Un pèlerin marche en priant. Il marche aussi pour saisir l'opportunité d'entrer en contact avec plusieurs personnes et peut-être les inspirer à faire quelque chose pour la paix à leur manière. C'est dans ce but que je porte ma courte tunique où il est écrit PÈLERIN DE PAIX sur le devant et 25 000 milles à pied pour la Paix dans le dos. Cela me permet d’avoir des contacts de la manière la plus aimable. Et j'aime être aimable.

Vous êtes dans une bien meilleure position pour parler avec les gens lorsqu'ils vous approchent eux-mêmes, que lorsque vous les approchez. Les personnes attirées vers moi sont réellement intéressées par un certain aspect de la paix ou ont simplement une bonne et vive curiosité. Les deux types sont de très bonnes personnes. Alors, j'ai le temps de partager avec les gens mon message de paix qui se résume en une phrase:

Voici la voie de la paix : surmontez le mal par le bien,
le mensonge par la vérité et la haine par l'amour.

La Règle d'Or ferait tout aussi bien l'affaire. Il n'y a là rien de nouveau, sauf son application pratique. Comme je considère que c’est l'enseignement approprié à notre époque, il devient le message de mon pèlerinage de paix. S’il vous plaît, ne dites pas à la légère que ce ne sont que des concepts religieux qui ne sont pas pratiques. Ce sont des lois qui régissent la conduite humaine et qui s’appliquent avec autant de rigueur que la loi de la gravité. Quand nous ne tenons pas compte de ces lois dans tous les aspects de la vie, le chaos en résulte. Par le respect de ces lois, ce monde qui est le nôtre entrera dans une période de paix et de prospérité au-delà de nos rêves les plus chers.

Le mot-clé pour notre époque est pratiquer. Nous avons toute la lumière nécessaire. Nous n’avons qu’à la mettre en pratique.

* * *

Ce qui me permet de marcher n'est pas l’énergie de la jeunesse, mais une meilleure énergie. Je marche grâce à l’énergie illimitée de la paix intérieure qui ne s'épuise jamais! Quand vous devenez un canal à travers lequel oeuvre Dieu, il n'y a plus de limitations parce que Dieu accomplit son oeuvre à travers vous. Vous êtes simplement l'instrument. Et ce que Dieu peut accomplir est illimité. Quand vous travaillez pour Dieu, vous ne sentez plus l'effort et la tension. Vous devenez calme, serein et sans aucune précipitation.

Mon pèlerinage n'est pas une croisade qui évoque la violence. Il n'y a aucune tentative d’imposer quoi que ce soit aux gens. Un pèlerinage est un paisible voyage de prière et d'exemple. Ma marche est avant tout une prière pour la paix. Si vous faites de votre vie une prière, vous intensifiez la prière au-delà de toute mesure.

En entreprenant ce pèlerinage, je ne me vois pas moi-même comme un individu mais plutôt comme la personnification du coeur du monde implorant la paix. L'humanité, avec des pas apeurés et chancelants, marche sur la marge étroite entre un chaos effroyable et une nouvelle renaissance. Des forces puissantes poussent vers le chaos. Pourtant il y a de l'espoir. Je vois l'espoir à travers le travail infatigable de quelques âmes dévouées. Je vois l'espoir dans le réel désir de paix au coeur de l'humanité, même si la famille humaine avance vers la paix en tâtonnant à l’aveuglette, sans savoir où elle va.

Mon pèlerinage me donne l’opportunité de parler avec mes frères et soeurs humains de la voie de la paix. C'est aussi pour assumer ma part de responsabilité, par action ou omission, dans la situation tragique dans laquelle se trouve le monde d'aujourd'hui. C'est une prière pour que notre monde fatigué de la guerre puisse, d’une manière ou d’une autre, trouver le chemin de la paix avant que l'holocauste ne survienne.

Ma mission est d'aider à promouvoir la paix en aidant les autres à trouver la paix intérieure. Si je peux la trouver, vous le pouvez aussi. La paix est une idée pour laquelle le temps est venu.

* * *

J'ai commencé mon pèlerinage le premier janvier 1953. C'est en quelque sorte mon anniversaire spirituel. Ce fut une période pendant laquelle j'ai expérimenté la fusion avec le Tout. Fini le temps où je n'étais qu'une graine enfouie dans le sol. Je me suis sentie comme une fleur s'élevant vers le soleil sans effort. Ce jour-là je suis devenue un vagabond dépendant de la bonté des autres. Ce serait un pèlerinage à la manière traditionnelle: à pied et avec foi. J'ai laissé derrière moi toute revendication de nom, d'histoire personnelle, de possessions et d'affiliations.

Ce serait un voyage merveilleux.

Le lieu de naissance de mon pèlerinage a été le défilé du Tournoi des Roses à Pasadena, en Californie. Je marchais à la tête du défilé, parlant aux gens et leur donnant des messages de paix. L'ambiance de congé ne semblait pas diminuer l'intérêt sincère pour la paix. À mi-parcours, un policier posa sa main sur mon épaule et j'ai pensé qu'il allait me demander de sortir du défilé. Au lieu de cela, il a dit: « Il en faudrait des milliers comme vous. »

Ce qui m'est arrivé au début, dans la région de Los Angeles, était presque miraculeux. Tous les canaux de communication s'ouvraient à moi et à mon petit message de paix. J'ai passé des heures à être interviewée et photographiée par les journalistes. L'histoire de ce pèlerinage et même ma photographie furent transmises par tous les services de presse. En plus de participer à deux émissions de télévision en direct, j'ai passé bien des heures d'enregistrement pour les actualités radiophoniques et télévisées.

Tout au long de mon parcours entre Los Angeles et San Diego, les journaux se sont montrés intéressés. À San Diego, j'ai fait une émission de télévision et quatre émissions de radio. La direction du Conseil des Eglises de San Diego approuva mon message et mes trois pétitions. Elles furent largement diffusées dans les églises.

* * *

Quand je n'étais pas sur la route, je parlais et je rassemblais des signatures pour les trois pétitions sur la paix que je transportais. La première était un bref appel à l'établissement immédiat de la paix en Corée. Elle disait: Arrêtons la guerre meurtrière en Corée! Puis gérons cette situation conflictuelle en accord avec les seuls principes qui peuvent la résoudre : surmonter le mal par le bien, le mensonge par la vérité et la haine par l'amour. »

La deuxième pétition était adressée au Président et aux députés, demandant la création d'un ministère de la Paix. Elle disait: « Voici la voie de la paix: surmontez le mal par le bien, le mensonge par la vérité et la haine par l'amour. Nous demandons la création d'un ministère de la paix, avec un ministre de la paix qui acceptera ces principes. Tous les conflits intérieurs et extérieurs seraient référés à ce ministère. »

La troisième pétition était un appel adressé aux Nations Unies et aux dirigeants du monde, pour le désarmement et la reconstruction. « Si vous voulez trouver le chemin de la paix, vous devez surmonter le mal par le bien, le mensonge par la vérité et la haine par l'amour. Nous vous supplions de nous libérer tous de l'écrasant fardeau des armes, de nous libérer de la haine et de la peur, afin qu’ainsi nous puissions nourrir nos affamés, reconstruire nos villes détruites et expérimenter la richesse de la vie qui ne peut survenir que dans un monde désarmé et nourri. »

Au cours de mon pèlerinage, j’accumulais des signatures de personnes, de groupes pour la paix, d'églises et d'organisations. Je les entreposais dans un sac que je transportais pour cela. Au terme de ma première marche à travers le pays, je les ai présentées à des représentants de la Maison Blanche et des Nations Unies. Je suis reconnaissante du fait qu’avant la fin de la première année, on ait répondu, au moins en partie, à ma première pétition « Arrêtons la guerre meurtrière en Corée. »

* * *

A Tijuana, au Mexique, juste de l’autre côté de la frontière au sud de San Diego, j’ai été reçue par le maire et il m’a donné un message à remettre au maire de New York. J’ai aussi transporté un message des amérindiens de Californie aux amérindiens d’Arizona.

En passant à San Diego cette première année, j’ai parlé pour la première fois en public. Une enseignante d’école secondaire s’est approchée de moi sur la rue et m’a demandé si je voulais parler à ses élèves. Je lui ai dit en toute franchise, qu’en tant que Pèlerin de Paix je n’avais encore jamais parlé à un groupe. Elle m’a assuré que tout irait bien et m’a seulement demandé si je voulais répondre aux questions des étudiants. J’ai accepté. Si vous avez quelque chose de valable à dire, vous pouvez le dire. Autrement, pourquoi donc voudriez-vous parler?

Pour moi, ce n’est pas un problème de parler devant un groupe. Quand vous vous êtes complètement abandonné à la volonté de Dieu, le chemin semble facile et joyeux. Ce n’est qu’avant de s’abandonner complètement que le chemin semble difficile. Quand je parle, l’énergie s’écoule à travers moi comme l’électricité dans un fil.

Au début, mes engagements à parler en public s’organisaient souvent sous l’impulsion du moment. Un jour, comme je passais devant une école, le directeur est sorti et m’a dit : «Mes étudiants vous regardent par la fenêtre. Si vous voulez venir leur parler, nous les réunirons dans le gymnase. » Et il en fut ainsi.

Puis vers midi, un homme d’un club civique s’est approché de moi et a dit : « Mon orateur nous a laissé tomber. Viendrez-vous parler à notre déjeuner ? » Et naturellement je l’ai fait.

Le même après-midi, un professeur d’université qui s’en allait donner son cours, m’a arrêtée: « Est-ce que je peux vous amener auprès de mes étudiants ? » Et ainsi j’ai parlé devant sa classe.

Le soir, un pasteur et son épouse qui se rendaient à un souper paroissial m’ont arrêtée et m’ont dit: « Voulez-vous venir manger avec nous et nous parler ? » Et j’ai accepté. Ils m’ont aussi donné un lit pour la nuit. Et tout cela s’est produit en une journée, pendant que je marchais, et sans aucun engagement préalable.

À présent je suis très occupée : je parle en faveur de la paix dans les universités, les écoles secondaires, les églises, etc.. Mais je suis toujours heureuse d’être ainsi occupée. Ma devise « Les choses importantes en premier » m’a permis de respecter mes engagements à donner des conférences, de maintenir ma correspondance à jour et aussi de marcher.

Une fois, à Cincinnati, j’ai prononcé sept sermons dans sept lieux de culte différents au cours de la même journée. Ce dimanche particulier, j’ai donné congé aux pasteurs locaux !

Aucune quête n’est permise aux rencontres qui ont lieu pour moi. Je n’accepte jamais un sou pour le travail que je fais. Tout l’argent qui m’est envoyé par la poste est utilisé pour publier ma documentation, envoyée gratuitement à quiconque la demande.

La vérité est une perle sans prix. On ne peut pas obtenir la vérité en l’achetant. Tout ce que vous pouvez faire c’est de rechercher la vérité spirituelle et lorsque vous serez prêt, elle vous sera donnée gratuitement. La vérité spirituelle ne devrait pas être vendue non plus, car le vendeur pourrait être blessé spirituellement. Vous perdez le contact spirituel à partir du moment où vous le commercialisez. Ceux qui possèdent la vérité ne l’emballerait pas, ni ne la vendrait. Donc, quiconque la vend ne la possède pas vraiment.

* * *

Quand j’ai débuté, je pensais que le pèlerinage entraînerait quelques épreuves. Mais j’étais déterminée à vivre au niveau de mes besoins essentiels, c’est-à-dire que je ne désirais pas plus que ce dont j’avais besoin, alors que d’autres ont moins que ce dont ils ont besoin. La pénitence du pèlerin est la volonté de passer par des épreuves pour l’accomplissement d’un bon objectif. J’étais consentante. Quand les épreuves sont arrivées, je me suis retrouvée soulevée au-dessus d’elles. Au lieu des épreuves, j’ai trouvé un merveilleux sentiment de paix et de joie ainsi que la conviction que je suivais la volonté de Dieu. Plutôt que des épreuves, des bénédictions pleuvent sur moi.

Je me souviens que ma première leçon du pèlerinage fut d’apprendre à recevoir. J’avais été du côté donnant pendant plusieurs années. J’avais besoin d’apprendre à accepter avec autant de grâce que j’avais été capable de donner, pour permettre à l’autre d’expérimenter la joie et la bénédiction du don. C’est si beau quand vous vivez pour donner. Pour moi, c’est la seule façon de vivre parce qu’en donnant, vous recevez des bénédictions spirituelles.

J’ai eu des tests difficiles au début de mon pèlerinage. La vie est une série de tests. Si vous les réussissez, vous les considérez après-coup comme de bonnes expériences. Je suis contente d’avoir vécu ces expériences.

Si vous avez une attitude aimante et positive envers vos frères et soeurs humains, vous ne les craindrez pas. « L’amour parfait chasse toute peur ».

Une nuit, une épreuve m’attendait au milieu du désert californien. La circulation automobile s’était tout simplement arrêtée et il n’y avait aucune maison à plusieurs kilomètres aux alentours. J’ai vu une voiture stationnée sur le côté de la route. Le conducteur m’a appelée en me disant : « Viens à l’intérieur et réchauffe-toi. » J’ai dit : « Je ne voyage pas en automobile. » Il a dit : « Je ne vais nulle part, je suis juste stationné ici. » Je suis montée dans la voiture et j’ai regardé l’homme. C’était un homme costaud et corpulent. La plupart des gens auraient dit que c’était un individu d’allure plutôt rude. Après avoir conversé un certain temps, il a dit : « Hé, tu n’aimerais pas faire un petit somme? » Et j’ai dit : « Oh, oui, j’en ferais certainement un! » Et je me suis recroquevillée puis endormie. Quand je me suis réveillée, j’ai vu que l’homme était très perplexe à propos de quelque chose. Après que nous ayons parlé assez longuement, il a admis que lorsqu’il m’avait demandé d’entrer dans la voiture, il ne me voulait certainement pas du bien, ajoutant : « Quand tu t’es recroquevillée si confiante et que tu t’es endormie, je ne pouvais tout simplement pas te toucher! »

Je l’ai remercié pour l’abri et j’ai commencé à m’éloigner en marchant. Puis, j’ai regardé derrière moi et je l’ai vu fixer le ciel. J’ai espéré qu’il avait trouvé Dieu cette nuit-là.

Personne ne marche en aussi grande sécurité que celui qui marche humblement et de manière inoffensive, avec un grand amour et une grande foi. Car une telle personne atteint directement ce qu’il y a de bon chez les autres (et il y a du bon en chacun). Par conséquent, elle ne peut pas être blessée. Cela fonctionne entre les individus. Cela fonctionne entre les groupes. Cela fonctionnerait aussi entre les nations si elles avaient le courage d’essayer.

* * *

Une fois, j’ai été frappée par un adolescent perturbé que j’avais amené marcher. Il voulait faire une randonnée difficile. Mais il craignait d’y aller seul, au cas où il se casserait une jambe et se retrouverait seul là-bas, gisant par terre. Tout le monde avait peur de l’accompagner. C’était un grand garçon costaud qui ressemblait à un joueur de football [rugby américain]. Il était aussi reconnu pour être parfois violent. Une fois, il avait battu sa mère si gravement qu’elle avait dû passer plusieurs semaines à l’hôpital. Comme tous avaient peur de lui, je lui ai offert de l’accompagner.

Quand nous avons atteint le sommet de la première colline, tout allait bien. Puis il y eut un orage. Il était terrifié parce que l’orage était tout près. Soudainement, il a perdu les pédales et s’est précipité sur moi, en me frappant. Je ne me suis pas enfuie même si j’imagine que j’aurais pu, car il portait un sac très lourd sur son dos. Mais même pendant qu’il me frappait, je ne pouvais ressentir que la plus profonde compassion envers lui. Comme c’est terrible d’être si psychologiquement malade que vous puissiez frapper une dame âgée sans défense! J’ai baigné sa haine dans l’amour même pendant qu’il me frappait. Et comme résultat, les coups cessèrent.

Il dit : « Vous n’avez pas riposté! Ma mère me retourne toujours mes coups ». À cause de son trouble, l’absence de réaction avait atteint le bon en lui. Oh! le bon est là, peu importe à quelle profondeur il est enfoui. Il a expérimenté le remords et un complet repentir.

Que sont quelques bleus sur mon corps comparés à la transformation d’une vie humaine? Pour faire une histoire courte, il n’a plus jamais été violent. Aujourd’hui, il est une personne utile en ce monde.

* * *

À une autre occasion, j’ai eu à défendre une frêle fillette de huit ans contre un homme costaud qui allait la battre. La fillette était terrifiée. Ce fut mon test le plus difficile. J’étais dans un ranch et les membres de la famille étaient allés en ville. La petite fille ne voulait pas les accompagner. Comme j’étais là, ils me demandèrent si je voulais veiller sur l’enfant. Tandis que j’écrivais une lettre près de la fenêtre, j’ai vu une voiture arriver. Un homme est sorti de l’automobile. Quand la fillette l’aperçut, elle se mit à courir. Il la pourchassa jusque dans une grange. Je me suis alors précipitée immédiatement vers la grange. Terrifiée, la fillette était recroquevillée dans un coin, tandis qu’il avançait lentement vers elle d’un pas déterminé.

Vous connaissez le pouvoir de la pensée. Vous créez constamment par la pensée et vous attirez à vous ce que vous craignez. Je savais donc qu’elle était en danger à cause de sa peur. Je n’ai peur de rien et j’attends le bien. Donc le bien arrive!

Je me suis immédiatement placée entre l’homme et la fillette. Je me suis juste tenue droite et j’ai regardé ce pauvre homme, psychologiquement malade, avec une compassion aimante. Il s’est approché et s’est arrêté! Il m’a regardé pendant un long moment. Puis il s’est retourné et s’est éloigné. La fillette était alors en sécurité. Il n’y a pas eu un mot d’échangé.

Maintenant, imaginez quelle était l’alternative? Supposez que j’aie été assez idiote pour oublier la loi de l’amour en le frappant et en me basant sur la loi de la jungle ? J’aurais certainement été battue, peut-être même à mort, et possiblement la petite fille aussi! Ne sous-estimez jamais le pouvoir de l’amour de Dieu, car il transforme! Il atteint l’étincelle de bonté dans l’autre personne et la personne est désarmée.

Quand j’ai commencé mon pèlerinage, je marchais avec deux buts. L’un était d’entrer en contact avec les gens, ce que je fais encore aujourd’hui. L’autre était celui d’une discipline de prière, afin de rester concentrée sur ma prière pour la paix. Après quelques années, j’ai découvert que je n’avais plus besoin de la discipline de prière. Maintenant, je prie sans interruption. Ma prière personnelle est : « Fais de moi un instrument à travers lequel seule la vérité peut être dite. »

* * *

Au cours de mon pèlerinage à travers l’Arizona, j’ai été arrêtée par un policier en civil pendant que je postais des lettres au bureau de poste local de Benson. Après une courte randonnée dans une voiture de patrouille, j’ai été incarcérée pour vagabondage. Quand vous marchez avec la foi et sans argent, vous êtes techniquement coupable de vagabondage. Oui, j’ai été emprisonnée plusieurs fois parce que je n’avais pas d’argent, mais ils m’ont toujours relachée lorsqu’ils comprenaient.

Il y a une grande différence entre un pénitencier et une prison. Un pénitencier est un gros établissement qui maintient un certain niveau de standards. Une prison est un petit établissement qui maintient peu de standards. Et c’était une prison!

Ils m’ont mise dans une grande pièce intérieure entourée de petites cellules dans lesquelles ils mettaient sous clé les femmes, quatre par cellule, pour la nuit. En entrant, je me suis dit: « Pèlerin de Paix, tu as dédié ta vie au service. Regarde ton nouveau et merveilleux endroit pour servir! »

Quand je suis entrée, une des filles a dit : « Ça alors, tu es une drôle. Tu es la seule qui est entrée en souriant. La plupart arrivent en pleurant ou en jurant. »

Je leur ai dit : « Supposez que vous ayez une journée libre à la maison, ne feriez-vous pas quelque chose de valable durant cette journée? » Elles ont répondu : « Oui, qu’allons-nous faire? » Ainsi, je les ai amenées à chanter des chansons qui élèvent l’esprit. Je leur ai donné un exercice simple qui amène à ressentir une sorte de frissonnement dans tout le corps. Alors, je leur ai parlé des étapes menant à la paix intérieure. Je leur ai dit qu’elles vivaient dans une communauté et que ce qui pouvait être fait dans une communauté à l’extérieur pouvait aussi être fait dans leur communauté. Elles étaient intéressées et m’ont posé plusieurs questions. Oh, ce fut une journée merveilleuse.

À la fin de la journée ils ont changé de gardiennes. Les filles n’aimaient pas la femme qui venait d’arriver. Elles disaient qu’elle était une personne horrible et qu’il ne fallait surtout pas lui parler. Mais je sais qu’il y a du bon en chacun et bien sûr je lui ai parlé. J’ai appris que cette femme faisait vivre ses enfants grâce à ce travail. Elle se sentait obligée de travailler et ne se sentait pas toujours bien. C’est la raison pour laquelle elle pouvait être parfois de mauvaise humeur. Il y a une raison à tout.

J’ai demandé à la gardienne de visualiser seulement le bon dans les détenues. Et j’ai demandé aux filles de visualiser seulement le bon dans la malheureuse gardienne.

Plus tard j’ai dit à la gardienne : « Je vois qu’il y a vraiment beaucoup de monde ici. Je peux dormir confortablement sur ce banc de bois. » Au lieu de cela, elle m’a fait apporter un lit de camp avec des draps propres. J’ai pris une douche chaude avec une serviette propre et tout le confort d’une maison.

Au matin, j’ai dit adieu à mes amies. J’ai été escortée par un représentant de l’ordre jusqu’au tribunal, situé à quelques coins de rues de là. Je n’ai pas été menottée, ni même tenue par le bras. Mais il avait un gros revolver à sa ceinture. Je l’ai regardé et j’ai dit : « Si je m’échappais, me tiriez-vous dessus? » « Oh non », dit-il en souriant : « Je ne tire jamais sur ce que je peux attraper! »

Ce matin-là, j’ai plaidé non coupable au tribunal, et mon cas fut immédiatement clos. Dans mes effets personnels, qui avaient été pris cette nuit-là, se trouvait une lettre qui a eu un grand poids dans ma remise en liberté. Elle disait : « La porteuse de cette note s’est identifiée comme étant Pèlerin de Paix, marchant d’un océan à l’autre pour attirer l’attention de nos concitoyens sur son désir de paix dans le monde. Nous ne la connaissons pas personnellement car elle ne fait que traverser notre état, mais comme ce sera certainement un long et dur voyage pour elle, nous lui souhaitons un passage sécuritaire. » C’était écrit sur du papier officiel et signé par le gouverneur de l’état, Howard Pyle.

Lorsque je fus remise en liberté, un officier de la cour a remarqué : « Vous ne semblez pas être affectée le moins du monde par votre journée en prison. » J’ai dit : « Vous pouvez emprisonner mon corps, mais pas l’esprit. » Seulement le corps peut être mis derrière les barreaux d’une prison. Je ne me suis jamais sentie en prison et vous non plus ne vous sentirez jamais en prison - à moins de vous emprisonner vous-même.

Ils m’ont ramenée à l’endroit où ils m’avaient arrêtée la veille. Ce fut une très belle expérience.

Chaque expérience sert un but et est ce que vous en faites. Elle peut vous inspirer, vous éduquer ou vous donner une chance de servir d’une manière quelconque.

* * *

La plupart de mes exposés oraux sont maintenant planifiés longtemps à l’avance. Mais il m’arrive encore de parler en public suite à des invitations très inattendues. A Minneapolis j’ai été interviewée par un journaliste, lors d’une rencontre des membres d’un club civique qui attendaient un discours du gouverneur du Minnesota. Il ne pouvait pas venir et on m’a invitée à parler à sa place. Naturellement j’ai accepté!

Parlant de gouverneurs, je suis entrée un jour par la grande porte du parlement d’un état et un homme gentil et amical m’accueillit. Il me serra la main et me demanda s’il pouvait m’aider. Je lui dis que je cherchais le bureau du gouverneur et il m’y conduisit immédiatement. « Y a-t-il autre chose que je puisse faire pour vous aider? » me demanda-t-il. « Je pensais que j’aurais peut-être le privilège de serrer la main du gouverneur », ai-je dit. « Vous avez serré la main du gouverneur », dit l’aimable monsieur, le gouverneur lui-même.

* * *

C’était la première année de mon pèlerinage et j’étais quelque part sur la grande route entre El Paso et Dallas lorsque je fus arrêtée pour vagabondage. Je n’ai jamais entendu dire que le FBI enquêtait sur des gens pour motif de vagabondage. Mais ce fut mon cas. Un homme dans une voiture noire s’est arrêté et m’a montré son insigne. Il n’a même pas exigé que je le suive. Il m’a juste dit : « Voulez-vous venir avec moi?»

J’ai dit : « Mais oui. Il me ferait plaisir de parler avec vous. »

Je suis montée dans son auto, après avoir inscrit un grand « X » sur la route, à l’endroit où j’avais été arrêtée. A l’époque où je comptais les kilomètres, je traçais un grand « X » sur la route quand je la quittais. Puis, je retournais à cet endroit pour reprendre ma marche.

Il m’a conduite à une prison et a dit : « Enfermez-la pour vagabondage. » Je suis alors passée par la procédure habituelle. Ils vous amènent d’abord pour la prise des empreintes. J’étais fascinée parce qu’on n’avait jamais pris mes empreintes auparavant (ni depuis). L’employé a alors pris un produit chimique et, d’un seul coup, il a enlevé toute l’encre noire de mes doigts. Je me demandais justement combien de temps cela prendrait pour les laver et c’était déjà fini.

Je lui ai parlé comme je parlerais à n’importe qui que je rencontrerais et quelque chose d’intéressant s’est produit. Apparemment, il était habitué à être traité d’une manière très peu coopérative. Comme je l’ai traité en être humain, il m’a donné un cours sur la prise des empreintes et il m’a montré les diagrammes. C’était très intéressant. Je n’avais jamais eu l’occasion auparavant d’apprendre autant sur la prise d’empreintes. Des gens faisaient la queue, mais je ne l’ai su qu’en sortant de la pièce, en voyant la longue file d’attente.

Puis, ils m’ont amenée me faire photographier en suspendant un numéro à mon cou avec une chaîne. Quand ils m’ont photographiée de face et de côté, je me suis rappelé toutes ces images de personnes recherchées que vous voyez au bureau de poste. Je me suis souvenu qu’ils avaient l’air si furieux. Je me suis dit : « Soyons différente. » Et j’ai souri aussi gentiment que je pouvais. Il y a une figure souriante quelque part dans le recueil de photographies de criminels!

Ils m’ont ensuite amenée pour m’interroger. Ils m’ont en fait assise sous une forte lumière. Il paraît que cela produit un effet psychologique sur vous. Comme j’étais déjà allée sur un plateau de télévision à ce moment-là, je me suis dit : « Est-ce qu’ils pensent vraiment que c’est une lumière forte? Ils devraient voir les projecteurs d’un studio de télévision! » A ce moment, les projecteurs de télévision n’étaient pas seulement brillants, mais très chauds.

Ils m’ont d’abord demandé si je répondrais à n’importe quelle question. J’ai dit: «Certainement, je répondrai à vos questions, non pas parce que vous êtes des représentants de l’ordre, mais parce que vous êtes mes frères humains. Et je réponds aux questions de tous mes frères humains. Quelles que soient vos fonctions officielles, vous êtes d’abord et avant tout des êtres humains. Et si nous nous entendons d’être humain à être humain, nous en finirons bien plus vite. »

Et cela s’est déroulé ainsi!

Ils ont commencé avec la technique de la confusion. Le premier me lançait une question. Avant que j’aie le temps de répondre, l’autre me lançait une autre question. J’avais à répéter constamment : « Si vous voulez m’excuser pour un moment pendant que je réponds à la question de l’autre monsieur. » Alors ils sont passés à des questions importantes comme celles que les étudiants d’université me posent. Comme je me suis enthousiasmée à ce sujet!

Alors, ils définirent la violence physique comme étant l’intention de blesser. Ils m’ont demandé : « Sanctionneriez-vous ou utiliseriez-vous, dans une quelconque circonstance, la violence physique? » J’ai répondu : « Non, c’est contraire aux lois de Dieu. J’aimerais mieux avoir Dieu de mon côté plutôt que n’importe quelle puissance sur terre. » Je leur ai raconté l’histoire de l’adolescent perturbé qui m’avait frappée durant notre randonnée.

Alors ils ont dit : « Supposez qu’il soit nécessaire pour vous de défendre quelqu’un que vous aimez? » J’ai dit : « Oh non, je ne crois pas que je puisse défendre un être aimé en désobéissant à la Loi Divine. » Je leur ai parlé de la fillette de huit ans qui avait été laissée à mes soins et de l’expérience que nous avons eue avec l’homme psychologiquement malade qui a essayé de lui faire du mal.

Alors, ils sont passés à des choses très philosophiques et ils ont dit : « Si vous aviez à choisir entre tuer et être tuée, que choisiriez-vous? » J’ai répondu : « Je ne crois pas que j’aurais besoin de faire un tel choix, pas tant que ma vie demeure en harmonie avec la volonté de Dieu. À moins, naturellement, que ce soit ma mission d’être un martyr. Mais c’est une mission très élevée et très rare. Je ne crois pas que ce soit la mienne. Mais le monde apprend à grandir à travers ses martyrs. Si j’avais à faire un choix, je choisirais d’être tuée plutôt que de tuer. »

Ils ont dit : « Pouvez-vous donner une explication logique à une telle attitude? » Eh voilà, j’en étais à tenter d’expliquer l’attitude de la nature centrée sur soi et l’attitude de la nature centrée sur Dieu, afin qu’ils puissent les comprendre! Je leur ai dit que dans mon cadre de référence, je n’étais pas mon corps. Je portais seulement mon corps. Je suis ce qui anime mon corps. Telle est la réalité. Si je suis tuée, cela détruit simplement le vêtement d’argile, le corps. Mais si je tue, je blesse la réalité, l’âme!

Et ils ont noté que mon pèlerinage avait une base religieuse. Mais supposez que j’aie dit : «Après tout, vous avez entendu parler de légitime défense. Même la loi reconnaît la légitime défense. » Cela aurait pu être considéré légal, mais pas religieux.

* * *

Il y a eu une occasion où j’ai senti que je luttais vraiment contre les éléments. Ce fut l’expérience où j’ai marché dans une tempête de sable soufflant quelquefois avec tant de force que je pouvais difficilement lui résister. Quelquefois les nuages de poussière étaient si denses que je ne pouvais rien voir. Je ne pouvais me guider que par la bordure de la route. Un policier s’est arrêté à côté de moi. Il a ouvert sa portière et a crié : « Montez, madame, avant que vous ne vous fassiez tuer. » Je lui ai dit que je faisais un pèlerinage à pied et que je n’acceptais pas de me faire conduire (en ce temps-là). Je lui ai dit aussi que Dieu était mon bouclier et qu’il n’y avait rien à craindre. A cet instant les vents se sont calmés, la poussière est retombée et le soleil est sorti d’entre les nuages. J’ai continué à marcher. Mais la chose merveilleuse était que je me sentais spirituellement élevée au-dessus des épreuves.

* * *

Dans chaque nouvelle situation à laquelle nous faisons face, se trouve cachée une leçon spirituelle à être apprise et une bénédiction pour nous, si nous apprenons la leçon. Il est bon d’être testé. Nous grandissons et apprenons en passant des tests. Je considère tous mes tests comme de bonnes expériences. Avant d’être testée, je croyais que je pouvais agir d’une manière aimante et sans peur. Après avoir passé le test, je le savais! Chaque test s’est révélé une expérience qui m’a élevée spirituellement. Et il n’est pas important que le résultat soit en accord avec nos souhaits.

Je me rappelle une expérience lorsque dans le journal local on mentionna que je devais prendre la parole lors d’un service religieux. On y montrait ma photo, de devant et de derrière, portant ma tunique lettrée. Un paroissien de cette église fut tout simplement scandalisé de découvrir que cette créature portant une tunique lettrée parlerait dans son église. Il téléphona à son pasteur et à ses amis à ce sujet. Quelqu’un me dit qui il était. Je me suis sentie si désolée d’avoir d’une quelconque manière offensé un homme que je ne connaissais même pas. Je lui ai donc téléphoné!

« C’est Pèlerin de Paix à l’appareil », ai-je dit. Je pouvais l’entendre soupirer. Plus tard, il me confia qu’il avait pensé que je l’appelais pour le critiquer sévèrement. J’ai dit : « Je vous appelle pour m’excuser. Car de toute évidence, je dois avoir fait quelque chose pour vous offenser, puisque même en ne me connaissant pas, vous avez craint que je parle dans votre église. Par conséquent, je sens que je vous dois des excuses et j’appelle pour m’excuser! »

Savez-vous que cet homme était en pleurs avant que la conversation ne se termine? Et maintenant nous sommes amis. Il a ensuite correspondu avec moi. Oui, la loi de l’amour fonctionne!

* * *

Un autre homme m’a dit une fois : « Je suis surpris du type de personne que vous êtes. Après avoir lu votre message très sérieux sur la voie de la paix, je m’attendais à ce que vous soyez une personne très solennelle. Au lieu de cela, je trouve une personne débordante de joie. » Je lui ai dit : « Qui pourrait connaître Dieu et ne pas être joyeux? »

Si vous avez une face longue et en avez gros sur le coeur, si vous n’êtes pas rayonnant de joie et d’amitié, si vous n’êtes pas rempli d’un amour débordant et d’une bonne volonté envers tous les êtres, toutes les créatures et toute la création, une chose est sûre : vous ne connaissez pas Dieu!

La vie est comme un miroir. Souriez-lui et elle vous sourira en retour. Je mets simplement un grand sourire sur mon visage et tout le monde me sourit en retour.

Si vous aimez les gens suffisamment, ils vous répondront avec amour. Si j’offense les gens, je me blâme moi-même. Car je sais que si ma conduite avait été correcte, ils n’auraient pas été offensés, même s’ils n’étaient pas d’accord avec moi. Avant que la langue ne puisse parler, elle doit avoir perdu le pouvoir de blesser.

Laissez-moi vous parler d’une fois où mon amour a dû être non verbal. J’essayais d’aider une dame qui avait été si gravement malade qu’elle ne pouvait plus conduire son auto. Elle voulait se rendre chez sa soeur aînée pour quelques semaines de repos au lit. Je lui ai donc offert de l’y conduire. J’avais encore mon permis de conduire à cette époque. En chemin, elle dit : « Pèlerin, j’aimerais que tu restes avec moi quelque temps. Ma soeur aînée est tellement dominatrice. Je crains d’être seule avec elle. » J’ai dit : « D’accord, j’ai quelques jours de libre. Je resterai avec toi quelque temps. »

Quand nous sommes entrées dans la cour de la maison de sa soeur, la dame me dit : «Pèlerin, je ne sais vraiment pas quel accueil ma soeur te réservera. »

Elle avait entièrement raison au sujet de sa soeur aînée. Quand sa soeur jeta un coup d’oeil sur moi avec ma tunique lettrée, elle m’ordonna de quitter la maison. Mais il était tard le soir et elle avait si peur de la noirceur qu’elle dit : « Cette nuit, vous pouvez dormir sur le divan. Mais vous devrez partir demain matin à la première heure! »

Alors elle se dépêcha de mettre au lit sa soeur cadette quelque part à l’étage au-dessus. Eh bien, c’était pire que je l’avais cru. Je ne voulais certainement pas laisser mon amie dans cette situation. Mais que pouvais-je faire? J’ai alors regardé autour de moi pour trouver quelque chose qui me permettrait de communiquer avec la soeur aînée. J’ai regardé dans la cuisine et il y avait une montagne de vaisselle sale et aucun lave-vaisselle. J’ai donc lavé toute la vaisselle. J’ai nettoyé ensuite la cuisine. Puis, je me suis allongée et j’ai dormi quelques heures.

Au matin, la soeur aînée était en larmes et me demanda de rester. Elle dit : «Naturellement, vous comprenez que j’étais si fatiguée hier soir que je ne savais pas ce que je disais. » Et nous avons passé des moments merveilleux ensemble avant que je ne les quitte. Vous voyez, cela m’a juste donné la chance de mettre en pratique mon petit message. La pratique est bien. La pratique rend parfait, dit-on.

* * *

Une fois, au cours de mes voyages, un tenancier de bar m’appela dans son établissement pour m’offrir un repas. Pendant que je mangeais, il demanda : « Comment vous sentez-vous dans un endroit comme ici? »

« Je sais que tous les êtres humains sont les enfants de Dieu », ai-je répondu. « Même quand ils n’agissent pas de cette manière, j’ai confiance qu’ils le peuvent. Et je les aime pour ce qu’ils pourraient être. »

En me levant pour partir, j’ai remarqué un homme avec un verre à la main qui était aussi debout. Quand il me regarda, il sourit un peu. Je lui souris. « Vous m’avez souri », dit-il avec surprise. « J’aurais pensé que vous ne me parleriez même pas. Mais vous m’avez souri. » J’ai souri de nouveau. « Je ne suis pas ici pour juger mes frères humains », lui ai-je dit. « Je suis ici pour aimer et servir. » Soudainement, il s’agenouilla à mes pieds, en disant: « Tous les autres m’ont jugé, je me suis donc défendu. Vous ne m’avez pas jugé et maintenant je me juge. Je suis un pécheur bon à rien! J’ai gaspillé tout mon argent à boire. J’ai maltraité ma famille. Je suis tombé de plus en plus bas! » J’ai alors posé ma main sur son épaule. « Vous êtes l’enfant de Dieu », ai-je dit, « et vous pourriez agir comme tel. »

Il a regardé avec dégoût le verre de boisson qu’il tenait à la main. Il le lança avec violence contre le comptoir, faisant éclater le verre en morceaux. Ses yeux rencontrèrent les miens. « Je vous jure que je ne toucherai plus jamais à cette boisson », s’exclama-t-il. « Jamais! » Et il y avait une nouvelle lumière dans ses yeux tandis qu’il franchissait la porte d’un pas assuré.

Je connais même la fin heureuse de cette histoire. Je l’ai entendu d’une femme, dans cette ville, environ un an et demi plus tard. Elle disait que selon ceux qui le connaissaient, l’homme respectait sa promesse. Il n’a plus jamais touché à la boisson. Il a maintenant un bon emploi. Il s’entend bien avec sa famille et est devenu membre d’une église.

Quand vous approchez les autres en jugeant, ils sont sur la défensive. Quand vous pouvez les approcher d’une manière aimante, avec bonté et sans jugement, ils ont tendance à se juger eux-mêmes et à en être transformés.

* * *

Durant mon pèlerinage, beaucoup d’autos s’arrêtaient et les gens m’offraient de me conduire. Certains croyaient que marcher voulait dire faire de l’auto-stop. Je leur disais que je ne trichais pas avec Dieu. Dans un pèlerinage, vous ne trichez pas en comptant les kilomètres.

Je me souviens d’un jour où je marchais le long d’une grand-route. Une très belle automobile s’est arrêtée et l’homme à l’intérieur me dit : « Qu’il est merveilleux que vous suiviez votre mission! » J’ai répondu : « Je pense certainement que chacun devrait faire ce qu’il ou elle croit être la bonne chose à faire. »

Il a alors commencé à me parler de ce qui le motivait. C’était une bonne chose qui avait besoin d’être faite et qui m’a rendue très enthousiaste. Comme j’ai pris pour acquis qu’il la faisait, j’ai dit: « C’est merveilleux! Où en êtes-vous rendu avec cela? » Et il a répondu : «Oh, je ne le fais pas. Cette sorte de travail ne paie pas du tout. »

Je n’oublierai jamais à quel point cet homme était désespérément malheureux. À notre époque matérialiste, nous utilisons des critères tellement faux pour mesurer le succès. Nous le mesurons en termes de dollars et de choses matérielles. Mais le bonheur et la paix intérieure ne vont pas dans ce sens. Si vous savez et n’agissez pas, vous êtes vraiment une personne très malheureuse.

J’ai vécu une autre expérience sur le bord de la route lorsqu’une belle voiture s’est arrêtée. Un couple élégant était à l’intérieur. Ils ont entamé la conversation et j’ai commencé à leur expliquer ce que je faisais. Soudainement, à ma stupéfaction, l’homme a fondu en larmes et il a dit : « Je n’ai rien fait pour la paix et vous avez tant à faire! »

Il y a eu aussi cette fois où un autre homme arrêta sa voiture pour me parler. Il me regarda, non pas avec antipathie, mais avec une curiosité et une surprise extrême, comme s’il venait d’entrevoir un dinosaure vivant. « Aujourd’hui, à notre époque », s’exclama-t-il, « avec toutes les merveilleuses opportunités que le monde a à offrir, qu’est-ce qui a bien pu vous faire sortir pour entreprendre un pèlerinage à pied pour la paix? »

« Aujourd’hui, à notre époque », ai-je répondu, « quand l’humanité chancelle au bord de son anéantissement par une guerre nucléaire, ce n’est pas surprenant qu’une vie soit consacrée à la cause de la paix. Au contraire, c’est plutôt surprenant que plusieurs vies n’y soient pas consacrées. »

* * *

Lorsque j’ai terminé ma première marche à travers le pays, j’étais si reconnaissante de n’avoir pas échoué dans ce que j’avais été appelée à faire. Je me suis dit: « N’est-ce pas merveilleux que Dieu puisse faire quelque chose à travers moi! »

J’ai ensuite dormi dans la grande gare centrale de New York.

Au moment où j’étais entre le sommeil et l’état de veille, j’ai eu l’impression qu’une voix d’une beauté indescriptible disait des mots d’encouragement. « Tu es ma fille bien-aimée en qui je suis comblé. » Quand je fus complètement réveillée, il m’a semblé que c’était comme si un orchestre céleste venait juste de finir de jouer dans la gare, et que l’écho persistait encore. Je suis sortie à l’extérieur dans le froid du petit matin, mais je me sentais au chaud. Je marchais sur le trottoir de ciment, mais j’avais l’impression de marcher sur des nuages. Le sentiment de vivre en harmonie avec le but divin ne m’a jamais quitté.

Chapitre précédent
Chapitre suivant
Retour à la Table des matières