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ANNEXE VII: Expériences avec Pèlerin de Paix


Les lettres suivantes proviennent de personnes qui ont eu l’occasion de passer quelque temps avec Pèlerin de Paix.

Une amie qui a rencontré Pèlerin de Paix avant son pèlerinage :

« Peu de temps avant que Pèlerin de Paix ne fasse ses débuts en tête du défilé des Roses à Pasadena [janvier 1953] , un ami est arrivé, accompagné d’une femme qui revenait de la plage, marchant nu-pieds et transportant ses chaussures. Elle portait des shorts et une blouse. Peu après que mon mari et moi lui furent présentés, notre conversation devint si intéressante que j’ai téléphoné à trois amis et je les ai convaincus de venir vite la rencontrer. Nous avons tous été heureux de prendre ensemble le repas du soir. Puis, nous sommes allés voir un groupe de danse folklorique et nous avons poursuivi la conversation à la maison jusqu’aux petites heures du matin.

Elle parlait de son travail en tant que lobbyiste législatif d’un groupe de pression pour la paix, à Washington, D.C. (Environ dix ans plus tard, j’ai assisté à un séminaire législatif national à Washington, organisé par la Ligue féminine internationale pour la paix et la liberté. J’ai appris qu’elle avait été, sans l’ombre d’un doute, la plus efficace représentante que la Ligue n’ait jamais eue.) Elle nous confia que plus elle travaillait avec les députés, plus elle était convaincue que le chemin que ces hommes persistaient à suivre ne pouvait que résulter en une guerre éventuelle. Au fur et à mesure que cette conviction grandissait, elle commençait à être hantée par une question. Comme elle le disait : « Je n’ai pas peur pour moi-même. Mais si un désastre survenait, quel groupe pourrait préserver le meilleur de notre culture pour l’humanité? Les monastères nous ont bien servi en jouant ce rôle durant la période sombre du Moyen Âge. Quel groupe serait adéquatement structuré pour le faire cette fois ? »

Elle réalisa qu’elle ne pourrait jamais en connaître la réponse en demeurant à Washington. Puisque personne d’autre ne semblait préoccupé par cela, elle sentit le besoin de quitter son travail et de trouver la réponse elle-même. Durant plus d’un an, elle fit de l’auto-stop à travers le pays, visitant chaque groupe qu’elle pouvait trouver qui s’était donné comme tâche de formuler des manières réalistes de vivre en groupe, basées sur l’amour et le partage.

Je me rappelle l’avoir entendu dire : « Après toutes mes recherches, j’avais trouvé un groupe qui répondait presque au besoin de préserver notre culture durant les années difficiles à venir : « les Koinonia Partners, en Géorgie ». Mais même eux ne constituent pas la réponse complète. »

Quand finalement nous nous sommes quittés, nous avons tous réalisé qu’elle éprouvait un profond désir de trouver des réponses, qui lui permettraient de contribuer de manière utile, à la tâche de faire entrer le monde dans une ère basée sur l’amour et la coopération entre les nations. Quelques mois plus tard, nous avons appris que notre remarquable amie avait trouvé son propre créneau dans notre monde changeant si rapidement, et qu’ainsi elle nous rendrait service à tous à sa manière spéciale.

Trois ans plus tard, alors que nous vivions à San Bernardino, en Californie, nous avons appris que Pèlerin de Paix passerait bientôt dans notre région. Elle accepta mon offre d’organiser ses rencontres durant son séjour dans notre ville. Un pasteur méthodiste planifia pour elle une présentation à un souper d’église. Nous avons ensuite travaillé sur un calendrier complet de rencontres. Je lui ai organisé une conférence à notre « YMCA Creative Living Club », un groupe d’étude sur la santé. Notre président et la moitié des membres faisaient partie des Adventistes du septième jour. Il vint à une rencontre préliminaire pour la jauger, puisque plusieurs d’entre eux se demandaient : « que savons-nous de cette étrange dame qu’il invitera comme conférencière? ». Plus tard, il me confia : « Pèlerin de Paix est tout simplement extraordinaire! EXTRAORDINAIRE! Je n’ai jamais vu quelqu’un comme elle! Et ces incrédules vont tous l’aimer aussi. Elle sera le meilleur conférencier que nous n’ayons jamais eu. »

Le matin de l’arrivée de Pèlerin, le pasteur m’informa que si elle téléphonait d’une zone périphérique, il irait immédiatement la chercher. Quand elle m’appela, je lui transmis l’offre. Elle refusa catégoriquement, disant que des contacts très importants se faisaient lorsqu’elle traversait la banlieue d’une ville. Quelques jours plus tard nous avons vu ce qu’elle voulait dire. Des étrangers affluaient à notre rencontre du YMCA, et par deux fois nous avons dû nous déplacer dans une salle plus grande. Presque tous les nouveaux arrivants étaient présents suite à l’aimable invitation qu’elle leur avait faite lorsqu’elle les avait rencontrés sur son chemin.

Avant de diriger Pèlerin de Paix vers son hôtesse, je lui remis un horaire à jour du programme de ses conférences dans des églises et auprès de groupes civiques. Après l’avoir consulté, elle demanda si nous avions une université dans notre ville. Un instant plus tard, elle était au téléphone, en train de persuader un professeur de journalisme, de l’université de Californie à Riverside, que s’il permettait à ses étudiants de l’interviewer, cela améliorerait leurs habiletés. Même si son horaire était très chargé, elle trouva le moyen d’insérer cette entrevue. Quelle organisatrice ! »

Un autre ami qui connut Pèlerin de Paix avant son pèlerinage :

« J’ai rencontré Pèlerin de Paix quelque temps après la deuxième guerre mondiale, alors que j’enseignais à Philadelphie et que je faisais du bénévolat au « Fellowship of Reconciliation office» presque chaque après-midi. Dans notre bureau, elle utilisait alors un petit espace séparé par une partition, afin de s’occuper de la publication et de la distribution du « World Events » de Scott Nearing, qui était bimensuel je crois. Elle faisait aussi différentes choses comme bénévole pour le groupe « Womens International League for Peace and Freedom ». Elle était très tranquille et efficace dans ce travail. Quand c’était le temps de poster le bulletin, elle rassemblait un groupe de gens intéressés qui accomplissait le pliage et l’adressage dans une soirée. Elle se contentait de $10 par semaine pour ses frais de subsistance, ce qui était plus que suffisant, expliquait-elle.

Je pense qu’à l’époque, elle possédait deux robes qu’elle portait alternativement. Elle paraissait toujours très propre, sobre, bien mise comme un oiseau, et en fait, il y avait quelque chose de l’oiseau dans sa constante gaîté, ses yeux brillants, sa vivacité. Elle était membre d’un club de randonnée qui faisait souvent de longs voyages. Une fois par année (je crois), ce club organisait une randonnée d’endurance d’environ 65 kilomètres. Elle se montrait assez satisfaite de toujours finir la randonnée, même si la plupart des membres abandonnaient après 50 kilomètres.

Elle partit vers la côte ouest, en faisant de l’auto-stop, selon son habitude, dépourvue de toute peur. Je crois qu’elle passa environ deux ans à travailler dans différentes institutions de santé en réfléchissant sur les méthodes employées. Elle fut très impressionnée par Shelton au Texas qui utilisait le jeûne comme unique méthode de traitement.

Ma seule critique de son travail (si cela en est une) est qu’elle offrait « la paix de l’esprit » à la plupart de ceux qui l’écoutaient - une denrée très en demande dans le monde moderne et nulle part davantage qu’aux États-Unis. Je sais qu’elle n’a jamais manqué d’inclure la paix mondiale dans son message, mais j’ai l’impression qu’il était souvent obscurci par les besoins personnels des personnes qui l’entendaient. Mais elle apporta le message à des dizaines de milliers de gens que le mouvement pacifiste ne peut pas toucher. »

Un ami qui amena Pèlerin de Paix en Alaska et à Hawaï pour rencontrer sa famille :

« Je me souviens qu’une fois, peu de temps après avoir fait sa connaissance, j’ai posé une question à Pèlerin : « Quelquefois dans vos voyages, vous devez avoir marché sur une route de campagne et être tombée en plein milieu d’un gang de motards qui terrorisaient des communautés. » Je me rappelle qu’elle me regarda et me dit : « Leon, tu ne comprends pas. » Ce à quoi j’ai répondu : « Mais je comprends certainement une telle situation.» Je me rappelle qu’elle posa sa main sur mon bras pour obtenir mon attention et me dit: « Non, Leon, tu ne comprends pas. Tu vois, je vais où ils sont. Je ne leur demande pas de venir où je suis. » J’ai réfléchi à cette réponse très longtemps. Il s’écoula plusieurs années avant que j’aie une idée de ce qu’elle voulait dire.

[À Hawaï, ils rencontrèrent un jeune homme dans le parc de Big Island] Il s’informa de nous, Pèlerin et moi. Nous lui avons dit que nous venions d’entrer dans le parc et que nous ne savions pas où nous étions, ni où nous voulions aller. Il s’offrit comme guide pour nous montrer les choses inhabituelles et palpitantes qu’il connaissait dans les environs. Pèlerin accepta l’offre et nous le suivîmes dans le parc durant une heure environ.

Je ne sais pas si je peux décrire la personnalité de ce jeune homme avec acuité. Il était un peu ivre, j’en suis sûr. Il était plein d’entrain et totalement sans retenue, parlant continuellement fort, avec des expressions enthousiastes. Il était « hyper » dans son comportement ainsi que dans ses efforts enthousiastes pour nous montrer son domaine. Chacune de ses phrases était remplie de jurons du type le plus cru. Il était totalement naturel dans son comportement. Le moins que je puisse dire, c’est que j’étais embarrassé d’être en la compagnie d’une telle personne. Peu de temps après, nous arrivions au centre d’information, bondé de touristes dans leurs habits hawaïens colorés, allant et venant en tous sens. Un air de fête prévalait. Mon humiliation d’être en compagnie de ce jeune homme turbulent était extrême. Ce que Pèlerin pouvait penser pour permettre cela était une énigme pour moi. Bref, j’ai souffert.

Peu de temps après, nous nous sommes retrouvés au bord d’un cratère volcanique, sur la plate-forme d’observation. Notre temps disponible était écoulé. Nous devions retourner à Hilo afin de prendre le vol de retour. Pèlerin se tourna vers le jeune homme, le remercia de son aide et lui dit qu’il était temps pour nous de partir. Il n’y avait aucun doute au sujet de la déception et de la réticence du jeune homme à nous laisser partir. Il restait là, avec des larmes qui coulaient sur ses joues et qui tombaient de son menton, nous suppliant de le laisser nous montrer un autre endroit spécial qu’il connaissait.

Pendant que je regardais le visage du jeune homme, je me suis souvenu des mots de Pèlerin de Paix, plusieurs années auparavant : « Je vais où ils sont. Je ne leur demande pas de venir où je suis. » La culpabilité que j’ai ressentie était extrême. Mais en même temps, je n’ai pu empêcher les sentiments d’admiration et d’humilité de m’envahir. Dans ma lutte afin de mettre de côté les exigences de l’expression d’une vie « centrée sur soi », pour entrer dans la plénitude d’une vie « centrée sur Dieu », je me suis souvent rappelé cette expérience personnelle avec Pèlerin, quand elle me donna, par l’exemple, une conscience que j’apprécie au plus haut point. »

De Mary O’Kelly, une amie à la fois de Pèlerin de Paix et de la député Jeanette Rankin, la seule élue américaine à voter contre les deux guerres mondiales (Jeanette avait téléphoné à Mary pour lui dire qu’elle aimerait rencontrer Pèlerin de Paix) :

« Nous nous sommes finalement rencontrées, en prévoyant passer la soirée avec Pèlerin de Paix. Jeanette inviterait quelques personnes pour la rencontrer et l’entendre parler de son pèlerinage. Une fois les plans établis, Jeanette se tourna vers moi et dit : « Qui devrais-je inviter ? » J’ai découvert alors qu’elle vivait seule. Pas d’amis ! Pas de voisins ! Jeanette avait acheté un terrain dans le comté quand elle était au parlement. Elle avait beaucoup d’amis à Athens, en Géorgie. Quand elle vota contre l’entrée dans la première guerre mondiale, les gens n’étaient pas très contents. Quand elle fut au parlement de nouveau en 1941 et vota encore contre la guerre, c’en était trop. Ils brûlèrent sa maison. Elle avait du terrain un peu plus près du centre du comté et elle déménagea dans une petite maison. Nous étions vingt ans plus tard, mais elle en ressentait encore la blessure. Elle était amère, sentait que personne ne l’aimait et que les députés du parlement nous entraînaient dans un terrible sentier de destruction.

Je lui ai suggéré de téléphoner aux voisins. Quelques-uns d’entre nous sommes venus d’Athens. Ainsi, la maison était pleine. Je crois qu’il y avait de cinquante à soixante personnes.

Après la réunion, Pèlerin et Jeanette ont passé la nuit à parler. Jeanette était enthousiasmée que les gens soient venus. Pèlerin vit que Jeanette avait un réel besoin d’être active dans la vie et que son amertume la rongeait. Jeanette demanda ce qu’elle pouvait faire. Pèlerin lui répondit qu’avec son nom, elle pouvait accomplir énormément, et avec ses finances encore plus.

Pèlerin dit qu’elle lui parla plutôt fermement au sujet de son besoin et de sa dette envers la société. Elle dit qu’elle avait l’impression que Jeanette songeait sérieusement à s’impliquer. Au printemps suivant, un groupe féministe fut formé sur le campus universitaire. Jeanette s’y impliqua.

C’était une femme charmante. Pèlerin lui montra comment retourner sur le chemin de « la famille humaine ». Lentement, elle commença à changer. Elle continua où elle s’était arrêtée dans les années quarante. Elle dirigea un groupe national qui alla à Washington [la brigade Jeanette Rankin durant la guerre du Vietnam]. Elle passa le reste de sa vie à travailler pour les droits des femmes. »

Une religieuse franciscaine :

« Dans les années 1970, Soeur Johnella vit Pèlerin de Paix à la télévision et devint une amie en correspondant avec elle. Cependant, elle dut attendre six longues années avant de la rencontrer. Un jour, la Soeur qui conduisait l’auto amena Pèlerin de Paix à notre résidence. Quel accueil chaleureux elle reçut ! Chacune voulait lui dire quelque chose. Soeur Johnella rayonnait et ne pouvait pas s’éloigner de Pèlerin de Paix. Elle nous donna une conférence accompagnée d’une prière, dans notre salle communautaire.

Trois ans plus tard, elle revint séjourner trois jours et deux nuits. Elle se sentait chez elle et adorait notre terrain qui ressemblait à un parc. Elle parlait le matin, l’après-midi et le soir, à celles d’entre nous qui n’avions pas de tâches urgentes à accomplir à ce moment-là. Son charme, sa chaleur et sa sincérité nous attiraient vers elle.

Un matin, nous avons lavé ses effets personnels et elle prit un bain chaud. Nous lui avons dit qu’il nous ferait plaisir de lui fournir de nouvelles chaussures et une nouvelle tunique. Mais elle nous dit qu’elle préférait que nous ne le fassions pas.

Un jour, j’avais plus de temps pour la voir seule et nous avons fait plus ample connaissance. Je lui ai dit : « J’aimerais être une compagne pour vous et que l’on fasse les mêmes choses ensemble pour la paix, afin de vous tenir compagnie pour que vous ne soyez pas seule. » « Non », répondit-elle, « vous ne pouvez pas m’aider ou venir avec moi, même si j’aimerais que vous veniez. C’est une mission très différente et pour une seule personne : moi, Pèlerin de Paix. » Puis elle m’a dit : « Quand ma mission de paix sera complétée et que je serai partie, la Paix viendra. » C’était un prophète. La paix arrive maintenant. Elle parla de ses premières expériences sur les autoroutes et dans les villes, comment Dieu l’a toujours protégée. »

Un animateur de talk-show à la télévision :

« La guerre du Vietnam battait son plein. Je venais juste de commencer à animer un talk-show pour la station WSM à Nashville. Etant un débutant sans grande maturité.... et anxieux de faire bonne impression, je me réjouissais à l’idée d’interviewer « cette drôle d’hurluberlu »... Je lui ai personnellement fixé un rendez-vous, après avoir lu la lettre qu’elle m’adressait dans laquelle elle disait se diriger (à pied) dans ma direction. Quand elle entra dans le studio de télévision, j’ai ri avec l’assistance, les musiciens et les techniciens. Qui était cette grand-mère hippie ?

Je l’ai présentée avec toute l’arrogance et le mauvais goût dont j’ai pu faire preuve. En ce temps-là, s’amuser aux dépens des « pacifistes », spécialement dans cette région des États-Unis, provoquait des réactions. Durant les premières minutes de l’entrevue, elle badina avec moi – « rivalisa » serait peut-être le terme juste. Elle n’était ni sur la défensive, ni agressive. Mais oh, ces yeux.... et ces mains... se baladant et atteignant un point invisible dans l’air pour appuyer son point... et ces yeux bleus étincelants. Après deux minutes, peut-être trois, j’étais dans la paume de sa main. Je me suis senti embarrassé, honteux. Elle a semblé s’en apercevoir et j’ai eu l’impression qu’elle avait vu le jeu depuis le début et savait que le moment de vérité viendrait durant l’entrevue.

Quand les huit minutes se furent écoulées, il n’y avait plus que quelques ricanements dans l’assistance, aucun ne provenant des musiciens de l’orchestre. La présentation radiophonique d’une heure qui suivit fut sans mauvaise plaisanterie. J’ai beaucoup grandi ce jour- là...

Il y eut d’autres entrevues avec elle au cours des années qui suivirent, mais aucune d’aussi mémorable que la première. »

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