CHAPITRE 11: Transformer notre société


ON M’A DEMANDÉ si j’avais des solutions pacifiques à suggérer concernant quelques-uns de nos problèmes nationaux et internationaux. En premier lieu, je pense que la création d’une langue commune internationale serait un très grand pas en avant.

J’ai d’abord fait face à la barrière linguistique au Mexique, dont la langue est l’espagnol. Je ne pouvais parler aux gens que par mon message traduit et mon sourire. Puis, dans la province de Québec au Canada, je l’ai vécu de nouveau. Le Canada est un pays bilingue. L’enseignement dans les écoles au Québec se fait en français et de nombreux Québécois ne parlent pas anglais. J’avais un message traduit et on m’a offert le gîte et le couvert grâce aux signes. Mais la communication s’arrêtait là. Cela m’a fait réaliser de nouveau le grand besoin d’une langue internationale.

Je pense qu’un comité d’experts, mandaté par les Nations Unies, devrait décider aussi rapidement que possible quelle langue serait la mieux adaptée à cet usage. Une fois que la langue internationale serait choisie, elle pourrait être enseignée dans toutes les écoles, en parallèle avec la langue nationale. Ainsi, assez rapidement, toute personne sachant lire et écrire pourrait parler à n’importe qui dans le monde sachant aussi lire et écrire. Je crois que ce serait la plus grande étape à franchir en vue de la compréhension mutuelle internationale. Cela constituerait un pas considérable vers la paix mondiale. Quand nous pourrons parler ensemble, nous réaliserons que nos similitudes sont beaucoup plus grandes que nos différences, même si nos différences paraissent grandes.

La démocratie et la société

Je définis la démocratie comme étant le contrôle entre les mains des gens. Les esclaves sont ceux qui permettent à d’autres de contrôler leur vie. Dans la mesure où les gens réussissent à résoudre leurs problèmes équitablement et efficacement au niveau de la base, ils conservent le contrôle de leur vie. Dans la mesure où ils délèguent la résolution de leurs problèmes à une plus haute autorité, ils perdent ce contrôle.

Nous avons une bonne dose de démocratie individuelle. Par exemple, le droit de pouvoir continuer de parler, pour une minorité, même réduite à un seul membre. Nous avons aussi une grande démocratie politique et nous progressons en ce qui concerne la démocratie sociale. Si nous avions une démocratie sociale, chaque être humain serait évalué selon son mérite, non selon son groupe. Nous avons légiféré en ce sens. Nous avons encore un long chemin à parcourir, mais nous allons y arriver.

Là où nous sommes le moins avancé est en démocratie économique. En ce domaine, nous n’avons pas beaucoup de contrôle et cela me préoccupe. Rappelez-vous que si nous voulons donner l’exemple au monde, nous devons nous améliorer. Je vais vous raconter une triste histoire.

Je traversais le salon de quelqu’un. Deux comédiens à la télévision faisaient des blagues en direct devant un auditoire et l’un d’eux a dit : « J’ai obtenu une médaille de ma compagnie.» « Pourquoi? » « J’ai trouvé un moyen pour que leur produit s’use plus vite ! » Et tout le monde a ri dans l’audience.

Il n’y a pas de quoi rire. Les matières premières deviennent rares, l’énergie s’épuise. Les générations futures nous verront comme des idiots d’avoir fabriqué en fonction de la désuétude. Oui, chacun sait ce que l’on fait et on en rit quand même. De toute évidence cela doit être corrigé.

L’autre problème à résoudre est le chômage. Je suis très préoccupée à ce sujet. Environ sept ou huit millions de nos concitoyens sont sans emploi dans ce pays. Et qu’est-ce que le chômage leur fait ? Ces gens se détériorent psychologiquement parce que la société leur dit qu’elle n’a pas besoin d’eux et qu’il n’y a pas de place pour eux. Le chômage est une chose terrible. Nous avons besoin d’y remédier et d’y remédier immédiatement.

Je suggérerais qu’après un certain temps, tous les sans-emploi aptes au travail puissent s’inscrire à un travail communautaire, financé comme l’est l’assistance publique. Le travail n’aurait même pas besoin d’être à temps plein, mais ils gagneraient ce qu’ils reçoivent.

Tout être humain sain d’esprit désire faire un travail utile. Je sais bien que certaines personnes sont psychologiquement malades, spécialement celles qui sont sans emploi depuis longtemps et dont l’état s’est terriblement détérioré. Mais ce n’est pas le cas de la majorité. La plupart des gens saisiraient la chance de pouvoir faire quelque chose.

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D’un point de vue spirituel, la meilleure façon de faire face à ce qui n’est pas en harmonie, comme le communisme tel que pratiqué aujourd’hui, n’est jamais de le craindre. Cela lui donne du pouvoir. Influencez-le favorablement pour le gagner : soyez un bon exemple. N’essayez jamais de le vaincre en adoptant sa fausse philosophie. Par exemple, une partie de la philosophie des gouvernements communistes dit que « la fin justifie les moyens ». Ce qui, en fait, est actuellement la philosophie de tous les pays qui utilisent la guerre comme moyen. Adoptez plutôt la philosophie spirituelle « les moyens déterminent la fin » et rappelez-vous que seul un bon moyen peut vraiment résulter en une bonne fin.

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Nous ne pouvons changer les choses que par l’exemple. C’est pourquoi, si j’avais le pouvoir de le faire en ce pays, je donnerais un très bon et noble exemple. J’établirais un ministère de la paix dans notre gouvernement. Il aurait un travail très utile à accomplir. Il chercherait des moyens pacifiques pour résoudre les conflits, prévenir la guerre et ajuster l’économie à une situation de paix. Il serait mis en place en grande pompe. Nous demanderions aux autres nations de créer des ministères similaires et de venir travailler avec nous pour la paix. Je pense que bien des nations accepteraient de le faire. Les communications entre les ministères de la paix seraient une étape vers la paix dans notre monde.

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Durant la guerre du Vietnam, j’ai posé la même question à mes correspondants du monde entier : « Quel pays vos concitoyens considèrent-ils comme la plus grande menace à la paix mondiale? » La réponse a été unanime. Ce n’était ni la Russie, ni la Chine. C’était nous ! J’ai demandé : «Pourquoi? » Les réponses variaient un peu. Les orientaux ont dit : «Parce que vous êtes la seule nation qui a utilisé la bombe nucléaire pour tuer des gens et rien ne prouve que vous ne recommencerez pas. » En Amérique du sud et en Amérique latine, ils avaient tendance à dire : « C’est le Vietnam aujourd’hui. Ce sera notre tour demain. » En Europe et dans quelques autres pays, la réponse avait tendance à être : «Votre économie fonctionne mieux en temps de guerre ou de préparation de la guerre. » ou « Dans votre pays, il y a beaucoup d’argent à faire avec la guerre ou la préparation de la guerre. »

Je n’aime pas rapporter cela, c’est une chose négative. Mais je pense que nous avons besoin de nous rendre compte que les pays du monde ne voient pas toujours notre générosité quand ils regardent outre-mer. Ils tendent plutôt à appréhender nos actions.

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Non seulement j’aimerais nous voir franchir toutes les étapes vers le désarmement mondial et la paix dans le monde, mais j’aimerais aussi nous voir instaurer un meilleur exemple d’amélioration constante.

Ces dernières années, un certain nombre de mes amis étrangers m’ont dit : « La Russie a signé l’accord Salt II, pourquoi ne l’avez-vous pas signé ? Êtes-vous moins intéressés dans le désarmement que les Russes ? » Je n’ai pu leur répondre. J’aurais souhaité que nous l’ayons signé. C’était une petite étape, loin d’être suffisante, mais nous aurions dû signer, puis travailler fort pour Salt III et pour toute entente que nous aurions pu obtenir.

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Durant mon pèlerinage à travers le Canada, j’ai été invitée à m’adresser publiquement à la Chorale des Jeunes de l’Union des Communautés Spirituelles du Christ, communément appelées « Doukhobors ». C’est un groupe pacifiste émigré de Russie au siècle dernier. Je leur ai dit : « Vous avez à cet égard un message spécial à délivrer, spécifiquement en Russie. Comme beaucoup d’entre vous parlent russe, pourquoi ne pas envoyer une délégation de paix en Russie ? Cette chorale, par exemple ? Vous avez une opportunité unique de leur parler dans leur propre langue, davantage que les délégations habituelles qui, le plus souvent, ne peuvent pas communiquer avec eux. Ce genre d’échange est nécessaire dans la crise historique actuelle. »

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L’Organisation des Nations Unies a besoin d’être améliorée. Nous, les citoyens du monde, avons besoin de mettre le bien-être de toute la famille humaine au-dessus du bien-être de n’importe quel groupe. La famine et la souffrance ont besoin d’être soulagées. Un vaste programme d’échange de personnes entre les nations serait très utile.

Il y a quelques problèmes nationaux en relation avec la paix. Il faut travailler à la paix entre les groupes. Notre problème national numéro un, toutefois, est l’ajustement de notre économie à une situation de paix.

Action communautaire de paix

En cette période de crise, il faudrait instaurer un comité pour la paix dans chaque ville. Au départ, un tel groupe peut être formé avec une poignée de gens intéressés.

Je propose que les Comités Pacifistes commencent avec un Groupe de prière pour la paix dans le but de rechercher la voie de la paix. À la première réunion, considérez la paix intérieure. Priez à ce sujet et discutez-en. Si vous prenez conscience d’un blocage intérieur qui entrave votre progrès spirituel, concentrez-vous entre les réunions à enlever ce blocage. A la deuxième réunion, considérez l’harmonie entre les individus. Si vous vous rendez compte que vous n’êtes pas en harmonie avec une personne, faites quelque chose entre les réunions pour y remédier. A la troisième réunion, considérez l’harmonie entre les groupes. Entre les réunions, essayez de faire quelque chose en tant que groupe pour aider un autre groupe ou leur témoigner votre amitié. À la quatrième réunion, considérez la paix entre les nations. Entreprenez des actions entre les réunions en appuyant quelqu’un qui a fait quelque chose de bien pour la paix. À la réunion suivante, recommencez depuis le début.

À certains endroits, ma documentation a été utilisée par des groupes de prière, car elle traite de la paix d’un point de vue spirituel. Lisez un paragraphe, méditez-le dans un silence réceptif, puis parlez-en. Ayez autant de réunions de prière qu’il vous est nécessaire pour passer à travers toute la documentation. N’importe qui pouvant comprendre et ressentir les vérités spirituelles qu’elle contient est spirituellement prêt à travailler pour la paix.

Puis, viendrait un Groupe d’étude pour la paix. Nous avons besoin d’une image claire de la présente situation mondiale et de ce qui serait nécessaire pour la convertir en situation pacifique. Les guerres actuelles doivent certainement cesser. Évidemment, nous avons besoin de trouver un moyen de déposer nos armes ensemble. Nous avons besoin de mettre en place des mécanismes pour éviter la violence physique dans ce monde où la violence psychologique existe encore.

Quand les problèmes du monde et les étapes en vue de leur solution seront devenus clairs pour vous et vos amis, vous serez prêts à devenir un Groupe d’action pour la paix. Vous pouvez graduellement devenir un Groupe d’action pour la paix, agissant sur des problèmes divers que vous avez appris à comprendre. L’action pacifique devrait toujours prendre la forme d’une mise en pratique de la voie de la paix. Cela peut aussi prendre la forme de correspondance écrite à des législateurs concernant des lois sur la paix qui vous intéressent, à des journalistes sur des sujets concernant la paix, à des amis sur ce que vous avez appris sur la paix. Cela peut prendre la forme de réunions publiques avec des orateurs parlant de sujets sur la paix, de distribution de textes pacifistes, de conversations avec les gens sur la paix, d’une semaine, d’une fête, d’une marche, d’une parade ou d’un char allégorique en faveur de la paix. Cela peut prendre la forme d’un vote pour ceux qui se sont engagés sur la voie de la paix.

Vous avez beaucoup plus de pouvoir quand vous travaillez pour la bonne chose plutôt que lorsque vous travaillez contre la mauvaise chose. Naturellement, si la bonne chose est établie, les mauvaises choses vont s’effacer d’elles-mêmes. Le travail pour la paix, par la base, est d’une importance vitale. Nous tous qui travaillons pour la paix appartenons à une fraternité pacifiste spéciale, que nous travaillions ensemble ou séparément.

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Quelques-unes des étapes pour la paix, dont j’ai parlé au début de mon pèlerinage, sont maintenant franchies ou du moins ont commencé à l’être. Un vaste programme de rapprochement des peuples est en bonne voie, avec des échanges d’étudiants et des échanges culturels. Des recherches sur les manières pacifiques de résoudre les conflits sont maintenant entreprises dans un certain nombre de nos universités et des cours sont aussi donnés chez notre voisin, le Canada.

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Je crois qu’il est tout à fait possible d’obtenir actuellement une paix extérieure. Comme l’histoire l’a démontré, quand les hommes font face au choix entre la destruction et le changement, ils sont disposés à choisir le changement. C’est d’ailleurs une des seules choses qui les pousse à choisir un changement. Nous avons donc la possibilité actuellement de prendre une direction nouvelle dans le monde. La possibilité existe !

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Gens ordinaires du monde entier, ne nous sentons plus jamais impuissants. Rappelons-nous que si suffisamment d’entre nous le demandons ensemble, même les choses les plus grandes, telles que le désarmement mondial et la paix dans le monde, seront accordées. Demandons tous ensemble !

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